DES COURS ET SHOWS DE DANSE ORIENTALE A RENNES (35)
ILLE ET VILAINE - REGION
BRETAGNE
Par Marine P-O.
Je pense que pour débuter cette rubrique que j’ai volontairement appelée « PSYCHOCRIMES
D’HONNEUR », un petit compte-rendu de mon parcours sur le terrain égyptien est fort à propos. Tel que décrit dans la rubrique « PROFILS », j’ai suivi une formation en psychologie
clinique victimologique et criminologique et j’ai décidé de faire une recherche sur les crimes d’honneurs, choisissant l’Egypte comme terrain. Je rappelle juste que le crime d’honneur consiste à
tuer une femme par un membre de sa famille parce qu’elle a eu un comportement déshonorant avec un homme.
Evidemment, ce ne fût pas une mince affaire. Premièrement, il m’a été très difficile d’avoir des données
sur de tels crimes. Alors, par le biais de collègues juristes et journalistes de l’Académie où je travaillais, j’ai eu des contacts divers et variés (magistrats, travailleurs sociaux, et même le
Procureur d’Egypte lui-même (que je n’ai pas rencontré mais qui m’a fourni des données essentielles pour mon travail)). L’un de ces divers contacts était une ONG (parmi d’autres, et
pourtant !) qui travaillait sur la zone de Bulaq, un quartier pauvre du Caire. Cette ONG, CEWLA, était alors la seule à avoir véritablement travaillé sur les crimes d’honneur et tenter de
regrouper des données pertinentes (par le biais d’articles de journaux, et c’est avec cette base que le Procureur a pu trouver la totalité de quelques procès). La première des choses c’est que
l’essentiel des crimes d’honneur en Egypte est répertorié dans le Sud, c’est-à-dire ce que l’on appelle communément la Haute Egypte, ou le Saïd pour les égyptiens. Autant vous dire, donc, qu’avec
mon très faible niveau d’arabe, mon sexe féminin, mon âge, et ma nationalité… Je ne risquais pas moi-même d’avoir des contacts avec les familles concernées puisque CEWLA elle-même n’avait pas
réussi.
J’ai tout de même pris la décision de partir pour le Sud, à Assiout plus exactement, afin de rencontrer
une autre personnalité d’une ONG différente. Ce voyage, je dois le dire tout net, fût le pire de toute ma vie. Déjà, aucun de mes collègues et amis du Caire ne m’a encouragée à y aller, les
différents guides tels que le Routard non plus d’ailleurs. Arrivée à Assiout, (je me demande encore ce qui m’a bien pris, mais bon !), je sors de la gare, habillée caméléon mais pas voilée
si telle est votre question et je cherche les hôtels répertoriés dans les guides que j’avais sur moi. Aucun hôtel de libre pour cause de séminaire à l’Université d’Assiout (troisième université
d’Egypte et fief des frères musulmans). Après plusieurs adresses, je finis par trouver quelque chose… plutôt modeste, surtout après mon séjour à Louxor avec Solenne qui, elle, avait poursuivi sa
route jusqu’au Caire pour rentrer ensuite en France. La première question fût « Vos papiers s’il vous plaît ! »… Et lorsqu’il a vu que j’étais française, le patron de l’hôtel a
changé de couleur… C’est toujours sympa ! Bref, il me donne les clés après m’avoir demandé maintes fois combien de temps je pensais rester et je monte. Enfin seule… J’ouvre la partie
toilettes et je découvre que la douche est un pommeau placé au dessus des toilettes… Cela n’a l’air de rien pour vous, peut-être, mais à ce moment-là je ne pensais qu’à une chose, retourner
illico au Caire, chez moi ! Je m’effondre de fatigue, de doute… Puis je me remonte et je sors pour téléphoner.
Vue de ma somptueuse salle de bain d'Assiout:
Je prends rendez-vous pour la fin de journée avec la personnalité en question, rare personne du milieu
parlant anglais. A l’heure prévue, je descends car elle devait passer me prendre à l’hôtel, et là, coup de théâtre ! Le patron m’empêche de partir avec elle ! Il me barre littéralement
la route. La dame est là, juste devant moi, avec sa fille, et s’énerve contre le patron de l’hôtel. Elle finit par m’expliquer… Après tous les attentats qu’ils ont eu dans la région contre les
touristes, ceux-ci ne peuvent se déplacer sans escorte policière, hors elle ne veut pas qu’un policier puisse savoir ce que je fais là. Evidemment, demandez aux égyptiens et ils vous diront que
le crime d’honneur n’est qu’une fable ou l’acte de gens rustres, surtout pas eux, ceux à qui vous êtes en train de parler (à côté de ça, ils vous expliquent tout aussi calmement que la fille
mérite à moitié son sort, parce que tout de même ! Et puis un garçon c’est moins grave…). Le policier finit par nous accompagner mais reste à l’écart lorsque nous sommes en train de boire
quelque chose au bord du Nil. Ce jour-là, nous avons bien parlé, la dame m’a encouragée dans mes recherches mais il est évident que jamais elle ne pourrait m’aider à entrer en contact avec les
familles.
Le lendemain, j’ai pris le parti de déambuler dans la ville, visitant l’Université, notamment.
J’avais faim, alors, il fallait bien que je sorte ! Le policier de ce jour-là était un jeune marié et père de famille, gentil, mais qui ne parlait pas anglais. Finalement, j’ai décidé de
rentrer au Caire… Pourquoi rester plus longtemps ? Je peux vous dire que le patron était content de me voir partir, lui !
L'université d'Assiout:
Cet épisode s’est déroulé en Juin 2004, j’étais en Egypte depuis Octobre 2003 et j’allais rentrer en France en Août 2004 pour rendre mon mémoire un
mois après. Mais mon plus gros souci était que j’avais besoin de trouver un lieu de stage pour continuer mon parcours égyptien et que je ne trouvais pas. Je n’avais pas été en contact avec CEWLA
depuis février mais une dame qui m’a beaucoup aidée, Fardos El Bahnassi, responsable du conseil des femmes en Egypte, m’aimait beaucoup et a poussé Azza Soliman, la responsable de CEWLA, a me
prendre en stage. Seule condition : passer l’entretien en arabe… Je pensais que c’était histoire de me prouver que mon projet n’était que pure folie, mais c’était surtout parce qu’elle ne
savait pas parler autre chose qu’égyptien. Je me suis donc envolée pour la France avec ma convention de stage signée…
Cewla, et derrière se trouvait notre bureau d'accueil:
Acceptée en Master 2 Pro en octobre 2004, j’ai pu débuter mon stage égyptien à Bulaq… ou plutôt à
Mohandessin pour les premiers mois. Et oui ! J’ai là, assise sur une chaise, toute la journée, à me demander ce que j’allais bien faire pour bouger les choses. Ces mois furent certainement
les plus longs de toute ma vie. Je ne faisais rien, et je voyais les semaines qui passaient, passaient, passaient… Et la fin d’année approcher, la soutenance du mémoire avec, et… RIEN à présenter
de concret ! J’ai tenu d’Octobre à Février, j’ai entendu les promesses chaque jour, puis, j’ai fini par craquer… Et là, oh ! Surprise ! Mon arabe ne m’a pas fait défaut pour dire
ce que je pensais. A partir de là, et ce au même moment que Neveen est arrivée, mon stage a pris sens. Neveen est arrivée là, un jour, tout sourire, son diplôme en poche, avec pour souhait de se
frotter un peu à la vie, alors rien de telle qu’une ONG pour cela !
Avec des collègues de travail:
Neveen, et Neveen et moi lors d'une soirée salsa... et oui, il fallait bien que l'on se change les idées:
Enfin mises sérieusement en relation avec Wahid, le seul véritable travailleur social sur le terrain de
toute l’ONG, nous avons pu commencer à rencontrer des femmes en difficultés familiales. Les unes étaient insultées quotidiennement, les autres battues, certaines battaient elles-mêmes leurs
enfants, n’ayant connu que ça comme système d’éducation… Alors, non, nous n’avons pas été confrontées à de véritables crimes d’honneur se finissant par la mort mais ce qu’elles décrivaient allait
dans le même sens. Pour préserver son honneur, dans le système traditionnel et suivant les croyances populaires, la femme doit être écrasée psychologiquement afin de ne prétendre à aucune liberté
de mouvement, d’action et même de pensée. Attention, je précise bien : 1- et ce quelle que soit la religion car n’oubliez pas qu’il existe une forte minorité chrétienne en Egypte, encore
plus à Assiout. 2- des violences envers les femmes, nous pouvons en relever partout, en France comme ailleurs et dans tous les milieux.
Une des rues principales de Bulaq:
Le superbe nouveau bâtiment où se trouvait nos bureaux tous neufs, comble du mauvais goût, surtout en plein milieu d'un bidonville:
Cette rencontre humaine, tout bonnement humaine, au-delà de mes ambitions cliniques, a été un don dans ma
vie, un véritable don, une leçon d’humilité. Quand on a vu comment les gens sont obligés de vivre dans ce quartier, on ne se plaint pas d’avoir un lit douillet et de quoi vivre relativement
confortablement. Et encore, il y a pire qu’eux, toujours ! Toujours mieux et toujours pire. A la fin de mon stage, j’avais sept suivis effectifs de femmes régulièrement rencontrées, avec un
véritable travail généalogique et systémique. Autant vous dire que j’étais fière de le présenter à mon jury. Elles aussi étaient contentes car enfin on prenait en considération leur souffrance.
Alors, j’ai proposé de créer une unité d’écoute psychologique au sein de CEWLA. J’ai monté le dossier, ils ont demandé des subventions qu’ils ont obtenues, et… RIEN ! Et oui, je suis
revenue en Egypte en octobre 2005 dans le but de travailler au sein de cette unité d’écoute. J’ai laissé mon futur mari en plan, en France, pour un projet que j’avais monté de toutes pièces, me
prenant en plein visage un mensonge monté de toutes pièces. « Ce n’est pas prêt, mais ça arrive, nous avons déjà le canapé ». Et oui, Madame Azza ne m’avait parlé que déco pendant que
nous montions le projet… Et elle continuait à m’en parler en ces termes. Et pendant ce temps-là, ces femmes attendaient, soulagées, de pouvoir s’y rendre… Elles attendent toujours et moi j’ai
jeté l’éponge ! L’argent disparu je ne sais où, il n’y avait plus de projet et donc aucune raison pour moi de perdre encore plus mon temps. En mars 2006, tout était fini pour moi… Enfin, pas
tout à fait.
Une des femmes que je visitais sur son lieu de travail afin qu'elle ne perde pas de ventes:
Même si CEWLA s’est arrangé pour se débarrasser de Neveen au sein du projet (elle ne devait pas leur
plaire, trop intelligente peut-être, trop fine), et qu’ils ont eu l’occasion de me voir partir après une dernière rencontre houleuse avec Azza, ils ne pouvaient pas m’empêcher de continuer à voir
les femmes que j’avais suivies jusque là. Et c’est de là que j’ai décidé de continuer à suivre ces femmes, lors de chacun de mes séjours en Egypte, avec l’aide de deux d’entre elles extrêmement
motivées et pour l’une d’elles particulièrement libre de ses mouvements : Walee et Jihane.
Walee, et Walee sans son voile, car hors de Bulaq (démarche personnelle):
Jihane et sa fille:
Walee n’a pas été victime de sa famille directe mais bien de son mari (et cousin) qui l’a battue au point qu’elle en a perdu l’enfant qu’elle portait.
Elle est aujourd’hui divorcée, fière d’avoir tenu bon et n’hésite pas à parler de son histoire jusque sur les plateaux de télé quand cela s’est présenté. Sa famille est EXCEPTIONNELLEMENT ouverte
d’esprit. Jihane, elle, vient d’une famille où le dénigrement et les coups sont son pain quotidien, surtout depuis qu’elle est revenue à la maison, divorcée elle aussi. La « hachouma »
(honte) qui coûte de l’argent à sa pauvre mère ! Sa mère est particulièrement manipulatrice et sûre que le seul moyen de mater sa fille une fois pour toutes c’est de lui rappeler chaque jour
qu’elle n’est rien (ses deux autres sœurs, elles, n’ont jamais rien osé dire donc ça va avec leurs parents mais l’une se fait battre par son mari et l’autre est coincée au Canada par son mari qui
lui a imposé la présence d’une nouvelle femme, plus jeune, plus belle. Bien évidemment, nous sommes en Egypte dans un quartier populaire donc elles sont toutes excisées.). Il faut dire que la
mère de Jihane a été mariée à 12 ans à un homme qui en avait 35… Alors bon, elle ne peut pas concevoir que l’on fasse des chichis, elle n’a pas trop eu l’occasion d’en faire.
Jihane et Walee avec une autre femme que je suivais (la dame en photo juste au-dessus), toujours sur son lieu de travail:
Je révèle leurs prénoms, à elles deux, parce qu’elles considèrent qu’elles n’ont rien à cacher, au
contraire, qu’il faut que les gens sachent. Elles voudraient bien monter quelque chose avec moi là-bas, mais… Pour cela il faut des fonds et l’organisation d’une telle chose n’est pas aisée,
surtout actuellement où la politique se durcit envers les ONG nationales, trouvant tous les moyens pour leur faire mettre la clé sous la porte alors pensez bien que deux égyptiennes et une
française ne font pas franchement le poids. Walee n'a pas hésité à utiliser l'appartement de sa mère comme lieu de rendez-vous, et Jihane son lieu de travail.
Vues de l'appartement de Walee et repas cuisiné par nos soins lors de ma visite en mai 2007:
Voilà en gros ma rencontre avec ce quartier, le pourquoi du comment et ma rencontre unique avec trois femmes d’exception, chacune à leur manière :
Neveen, Walee et Jihane. Pour ma part, j’ai fait le choix de ne vous révéler que quelques éléments de mes données cliniques car tout ne doit pas être mis à découvert… C’est ainsi ! Et puis,
si vous voulez en savoir plus, personne ne vous empêche de venir à ma conférence du 19 mars 2008 à la salle des fêtes d’Ercé-près-Liffré, dans le cadre de notre Festival Illoriental. Ps :
j’ai gagné le prix du meilleur jeune chercheur en décembre 2005 avec mon poster sur les fonctions familiales, lors d’un colloque francophone à l’Université de Rennes 2, donc c’est que je dois
tout de même savoir un peu de quoi je parle, mais si rien n’est jamais totalement déconstruit.
Poster:
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